Retraite des fonctionnaires : est-elle vraiment plus avantageuse que dans le privé ?

Publié le 13/10/2026

Les fonctionnaires bénéficient-ils d'une meilleure retraite que les salariés du privé ? La question revient régulièrement dans le débat public, d'autant plus à l'approche de l'élection présidentielle de 2027. Pourtant, un rapport publié en septembre 2026 par la Cour des comptes montre que la réalité est bien plus nuancée qu'il n'y paraît. Notre décryptage.

Les fonctionnaires ont-ils vraiment une pension de retraite plus élevée ?

En 2023, les anciens fonctionnaires civils de l'État percevaient une pension moyenne de 2 440 € par mois, contre 1 670 € pour l'ensemble des retraités. Un écart important, qui ne signifie pas pour autant que leurs règles de retraite sont systématiquement plus favorables.

  • Dans la fonction publique, la pension principale est calculée à partir du traitement indiciaire des six derniers mois, avec un taux maximal de 75 %. Mais les primes, qui peuvent représenter une part importante de la rémunération, sont exclues de ce calcul. Elles ouvrent seulement des droits limités dans le régime de retraite additionnelle de la fonction publique (RAFP).
  • Dans le secteur privé, la retraite de base repose sur la moyenne des 25 meilleures années de salaire, avec un taux maximal de 50 %. À celle-ci s'ajoute la retraite complémentaire Agirc-Arrco, calculée en points. Les primes sont, cette fois, prises en compte dans les droits à retraite, dans les limites applicables.

Comparer uniquement les taux de 75 % et de 50 % est donc trompeur : ils ne s'appliquent ni à la même rémunération ni aux mêmes composantes de pension.

Fonctionnaires : attention à la perte de revenus à la retraite !

 

Une pension relativement élevée ne garantit pas le maintien de son niveau de vie. Comme les salariés du privé, les fonctionnaires peuvent subir une baisse importante de revenus à la retraite, notamment lorsque les primes représentent une part significative de leur rémunération.

 

Réaliser un bilan retraite en amont permet d'estimer sa future pension, de mesurer cette perte de revenus et de mieux l'anticiper.

 

Les fonctionnaires auraient une perte de revenus à la retraite moindre, si on leur appliquait les règles du privé !

Pour aller au-delà de cette comparaison théorique, la Cour des comptes s'appuie sur une simulation de la DREES : que se passerait-il si l'on appliquait les règles du privé à des fonctionnaires, sans modifier leur carrière, leur rémunération ni leur âge de départ ?

Menée sur des fonctionnaires sédentaires nés en 1958, l'étude aboutit à un résultat contre-intuitif : leur pension serait en moyenne supérieure de 1,5 % avec les règles du privé.

Mais cette moyenne masque des situations contrastées :

  • 62 % percevraient une pension supérieure d'au moins 1 % ;
  • 32 % percevraient une pension inférieure d'au moins 1 % ;
  • 6 % verraient leur pension quasiment inchangée.

Attention : ces résultats ne signifient pas que les règles du privé sont toujours plus avantageuses. Ils concernent une génération précise et les projections de la DREES suggèrent même que leur application pourrait être moins favorable aux générations plus récentes.

Autre élément à prendre en compte : avec les règles du privé, les fonctionnaires étudiés auraient également dû verser près de 25 % de cotisations salariales retraite supplémentaires en moyenne.

Mais alors, pourquoi de tels écarts entre les retraités ?

Si les anciens fonctionnaires de l'État perçoivent en moyenne des pensions plus élevées, c'est avant tout parce que leurs profils professionnels diffèrent de ceux de l'ensemble des retraités. Selon la Cour des comptes, ils présentent notamment des niveaux de qualification et de rémunération plus élevés.

La situation individuelle joue également un rôle déterminant. Le poids des primes, l'évolution du traitement indiciaire ou encore les périodes travaillées dans différents régimes peuvent modifier sensiblement le montant de la pension.

C'est notamment le cas des carrières mixtes, c'est-à-dire lorsqu'une personne a travaillé à la fois dans le privé et dans la fonction publique. Ses droits sont alors calculés selon les règles de plusieurs régimes, ce qui peut produire un résultat différent de celui d'une carrière entièrement effectuée dans la fonction publique, même à rémunération comparable.

Des différences qui subsistent, notamment sur l'âge de départ

Depuis quelques années, les règles de retraite des fonctionnaires et des salariés du privé se sont progressivement rapprochées. En 2025, les fonctionnaires dits « sédentaires », qui ne bénéficient pas de dispositifs particuliers de départ anticipé, partaient ainsi à la retraite à un âge proche de celui des salariés du privé, autour de 63,5 ans.

Certaines spécificités demeurent toutefois, notamment pour les fonctionnaires des catégories actives et super-actives, dont les métiers présentent des risques ou des contraintes particulières. C'est par exemple le cas de certains policiers et surveillants pénitentiaires. En 2025, parmi les fonctionnaires de l'État partis à la retraite, 12 % relevaient des catégories actives, avec un âge moyen de départ de 61,9 ans, et 7 % des catégories super-actives, avec un départ à 58,3 ans en moyenne.

La Cour des comptes recommande de réexaminer les fonctions ouvrant droit à ces départs anticipés, afin de mieux tenir compte des risques et de la pénibilité réellement rencontrés.

Plus largement, le rapport ouvre la réflexion sur un rapprochement des règles entre public et privé. Il évoque notamment la possibilité de calculer les pensions des fonctionnaires sur les 25 meilleures années plutôt que sur les six derniers mois, ou d'aligner dès 2027 le taux de cotisation retraite des fonctionnaires sur celui des salariés du privé, aujourd'hui très proche.

Ces évolutions restent toutefois, à ce stade, des pistes de réflexion ou des recommandations, et non des réformes adoptées.

À retenir

 

Alors, la retraite des fonctionnaires est-elle réellement plus avantageuse que celle des salariés du privé ? Il n'existe pas de réponse unique. Si les anciens fonctionnaires de l'État perçoivent en moyenne des pensions plus élevées, cela tient notamment à leurs profils professionnels, et pas seulement aux règles de calcul.

 

Le rapport de la Cour des comptes rappelle ainsi qu'une comparaison pertinente doit tenir compte de l'ensemble de la carrière : rémunération, primes, régimes d'affiliation et âge de départ. Autant de paramètres qui peuvent faire varier sensiblement les droits à retraite d'une personne à l'autre.

 

Et vous, savez-vous à quelle retraite vous aurez droit ?

 

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